• Extrait N°4 du récit "Un bien pour un mal", en cours d'écritureC’était assez surprenant vu que ce genre de demande n’émanait jamais d’elle. Anaïs ne se fit pas prier longtemps et souhaita que sa mère fasse suivre son Honda P50 rouge et blanc, en bagage accompagné. Ainsi elle se sentirait libre d’aller et venir à sa guise, les cheveux au vent. Sitôt arrivée, le frère de Christian revint à la charge mais Anaïs restait de marbre. Elle le revit cependant et ils purent discuter sereinement. Christian avait quitté l’armée et ne sortait plus de chez lui tant le chagrin le minait. Elle lui expliqua qu’elle n’était pas prête pour le mariage, qu’elle était trop jeune et avait envie de profiter de la vie. Il n’en prit pas ombrage, ce brave homme au cœur sincère. Il l’aimait tant qu’il acceptait le sacrifice. Le séjour se passait plutôt bien entre les cours de piano et les virées sur la pétrolette. Mamette faisait souvent venir le médecin, plus qu’à l’ordinaire mais vu son grand âge et les multiples opérations qu’elle avait subies tout au long de sa vie – ah oui ! Tous les dimanches, elle ratait la marche au sortir de l’église et bien souvent, c’était clavicule ou côtes cassées - Anaïs ne s’alarmait pas. Peut-être que Mamette avait besoin de compagnie ? D’ailleurs, dans un élan de générosité, elle avait vendu le rez-de-chaussée de la maison à un couple d’amis. Cela mettait un peu d’ambiance malgré le fichu caractère de leur fille qui n’aimait pas Saorra. Anaïs n’appréciait pas ces nouveaux venus. Couper ainsi la maison détournait le patrimoine de sa vocation familiale. Ce rez-de-chaussée était du temps des arrière-grands-parents, un bistrot. Cette maison a tout un vécu, une histoire depuis sa construction en 1904 environ. Mamette passait de longues heures à bavarder avec Odette sur la place du village. A l’arrière, il y avait une famille de commerçants épiciers et charcutiers. Lorsqu’ils préparaient leurs triperies, cela embaumait bien comme il faut et comble du bonheur, ils déversaient leurs déchets dans le jardin. Lorsqu’elle était petite, Anaïs ne prêtait pas garde à ce genre de détails mais désormais cela la dérangeait. Décidément, lorsqu’on grandit, nous avons une autre vision du monde. Le voisinage ne l’intéressait plus du tout alors elle se promenait et se promenait encore avec son Honda. On ne la voyait plus beaucoup dans les parages. Un midi, elle eut la surprise de voir sa mère débarquer. Quelle joie ! Elle travaillait tant que les contacts étaient devenus rares et Anaïs cherchait tous les prétextes pour l’accompagner dans ses voyages d’affaires mais il y avait un obstacle béton : l’école ! En fait, Emma était venue faire une visite éclair pour annoncer à Anaïs que Mamette devait se faire opérer d’une hernie et que par conséquent, elle serait seule quelques jours. Oh ! Ce n’était pas un problème, maintenant elle était grande mais bon, c’était bien de la préparer. Sa mère, bien que trop souvent accaparée par son travail, savait bien s’occuper de ses enfants. C’était une femme de grande classe et de grande qualité. Mamette était une habituée des billards, l’affaire serait vite réglée. Emma retourna à ses affaires, persuadée que cette opération serait une broutille. Le lendemain, le taxi était devant la porte et Mamette s’installa à la place du mort. Anaïs les suivrait sur son Honda. Mamette ouvrit bien grande sa fenêtre et prit la main d’Anaïs. Elle avait les larmes dans les yeux « Tu sais, je ne reviendrai pas ». Ce regard était un supplice tant la tristesse était profonde. Anaïs tentait de la réconforter mais en avait gros sur la patate. Mamette, elle si forte, craquait. C’était forcément à prendre avec respect. C’est avec beaucoup d’émotion qu’Anaïs accompagna sa grand-mère jusque dans sa chambre à la clinique de Prada. Elle resta un moment à ses côtés et promit de revenir le lendemain, une fois l’opération terminée. Sa nuit fut assez agitée. En fin de matinée, impatiente, elle courut acheter des fleurs et chevaucha son Honda. Je crois qu’elle n’avait jamais poussé sa pétrolette à si fort régime. Arrivée à la clinique, on lui dit que l’opération s’est bien passée et que Mamette l’attend. Elle grimpe les escaliers quatre à quatre et trouve une mamie en pleine forme, assise sur son lit et mangeant des petits gâteaux. Ouf ! Quel soulagement. C’est qu’elle est costaud la Mamette ! Ravie, Anaïs s’en retourne à Saorra mais déchante bien vite. Odette lui annonce que la clinique a téléphoné : Mamette vient de décéder d’une embolie.

    Voici Emma qui perd son mari en 1965 et sa mère en 1970. Il lui reste bien un frère mais c’est un vrai cauchemar, un ancien d’Indochine. Mamette a toujours été très injuste avec sa fille. Elle chouchoutait le petit frère qui se montrait diabolique. Combien de fois Emma a-t-elle déboursé de grosses sommes pour réparer ses dégâts. Cet ours mal léché a même volé le premier salaire de Violette - sa nièce - alors qu’Emma l’hébergeait. Elle a dû aller jusqu’à Hypothéquer la maison de Saorra et voici, au décès de Mamette, monsieur avait disparu. La succession était impossible à régler sans pertes et fracas. Cette belle et grande maison devenait maudite. Emma devait en plus, libérer l’appartement que Mamette louait à Nice. Elle y vivait six mois de l’année en compagnie d’une amie indochinoise. Elle était drôle cette petite bonne femme et ne jurait que par les vertus du chou. Emma donc, dut vider l’appartement de ses meubles et lingeries, éternellement seule évidemment et gérer l’enterrement de sa mère qui se fit à Nice dans le même caveau que le Grand-père. Des frais, des frais, des frais… l’argent est un fléau dans cette famille. Les recherches pour retrouver le frère restant infructueuses, la maison de Saorra fut mise en vente aux enchères et je vous le donne en mille ! C’est Emma qui racheta son propre héritage. Le patrimoine, du moins ce qu’il en restait, était sauvé...

     

    à suivre !


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  • Extrait N°3 du récit "Un bien pour un mal", en cours d'écritureDans la lueur de la lune et sous la pluie désormais, Elie entre-aperçoit un petit muret blanc. Ce sont certainement les vestiges d’anciennes canalisations, ça doit mener à un village. Elles décident de suivre ce genre de caniveau en béton et marchent encore des heures durant quand enfin se dessine dans la pénombre ce qu’elles pensent reconnaître être une église. Euréka !  Finis les tracas mais quel est donc ce petit bourg qu’elles ne connaissent pas ? Il n’y a pas un chat dehors, pas âme qui vive et il faut absolument rejoindre Saorra. Elie, qui n’a pas froid aux yeux, frappe à la porte d’une maison éclairée. Un homme apparaît sur le perron et écoute avec stupeur l’incroyable histoire de ces deux jeunes parisiennes. Vous pensez donc ! Isolés en pleine montagne, on n’en croise pas tous les soirs des adolescentes en perdition. L’homme, très gentiment propose de les raccompagner avec sa voiture. Elles n’avaient parcouru que quatre kilomètres et avaient atterri à Thorrent mais par quelles voies endiablées ! Totalement insouciantes, elles ne s’inquiètent pas une seconde de ce qui pourrait leur arriver encore sur le trajet. Elles sont tranquilles et même fières de leur exploit. Lorsqu’elles arrivent sur la place de Saorra, tout le village est là, rassemblé et prêt à entreprendre une battue. L’émoi résonne comme en écho et puis Mamette est en pleurs. Nos petits chérubins n’avaient pas pensé un instant qu’on s’inquièterait pour eux. Les gendarmes font leur rapport, Saorra ce soir, ne dort pas. On en a des choses à raconter et chacun y va de sa verve. Le ton monte et même aussi on extrapole. L’orage se fait sentir. Elie et Anaïs se font toutes petites et partent se coucher sans mot dire et sans maudire. Elles n’ont pas été grondées mais elles ont pris conscience qu’on ne part pas à l’aventure sans prévenir, ni sans matériel. Elles ont compris également tout l’amour qu’une grand-mère peut donner et le mal qu’elles venaient de faire. C’est en toute connivence et comme deux cochons en foire qu’elles garderont ce secret au fond de leurs entrailles.

    A chaque grande vacance, ses joies et ses folies : Elie et Violette goûtaient désormais aux plaisirs des « Motobécanes bleues » sur lesquelles elles s’exerçaient en région parisienne. Elles entreprirent un périple « Paris/Perpignan » et traversèrent ainsi la France par monts et par vaux, à califourchon sur leurs pétrolettes. Anaïs se retrouva donc seule avec Mamette à Saorra, pour la première fois tandis que Bout de Chou profitait de colonies de vacances huppées. Anaïs détestait les colonies de vacances et la vie en société en général Le matin, elle prenait des cours de piano chez une voisine qui logeait près de l’ormeau et parfois son oncle Joseph la menait en jeep au Pica del Canigó, la montagne sacrée des catalans. C’était son métier : il promenait les touristes avec sa super jeep couleur sable, les emmenait visiter le monestir de Sant Martí del Canigó d’où on peut admirer la plaine du Roussillon, puis les invitait à se désaltérer près du belvédère. Anaïs ne se lassait pas de ce pèlerinage aux senteurs et aux couleurs ensorcelantes. Elle occupait le reste de son temps à jouer au babyfoot avec sa bande de copains. Ils se rendaient à pieds à Fullà, longeant l’austère cimetière où ils aimaient se faire peur. Ce n’était plus sport et pêche à la truite mais plutôt jeux de mains, jeux de vilains. Ils grandissaient les mômes ! Quant à la salle des fêtes de Saorra, ils l’avaient transformée en dancing, écoutant du rock’n’roll des heures entières et flirtant sur quelques mélodies bien chaudes. C’est là que Christian s’éprit d’Anaïs… belles, très belles ces vacances puis rebelote, rentrée scolaire et tout son tintouin. La séparation fut assez douloureuse, il n’y avait pas de téléphone portable ni de SMS. Ce furent des lettres et des lettres à la façon Georges Sand, des mots doux à distance.

    Rose, Violette et Elie réussirent leur baccalauréat avec brio. Rose se fit dorloter par sa mère qui lui loua un superbe appartement spacieux à Saint-Maur-des-Fossés. Elle qui avait toujours rêvé d’être fille unique, était comblée loin de ses frangines. Elle prit des cours de patinage artistique et se la pétait bien ! Violette partit faire des études de linguistique en Allemagne, à Kiel plus précisément et y rencontra un mexicain avec lequel elle partit se marier à Mexico. Elie s’orienta nature et sciences et prit une chambre d’étudiant à Rouen. Anaïs et Bout de Chou avaient quartier libre pour profiter de leur jeunesse. Leurs chambres étaient côte à côte avec vue sur le parc Montsouris et leurs goûts fusionnaient. Christian n’en pouvait plus d’être si loin d’Anaïs et s’engagea dans l’armée. Ainsi il avait un solde et pouvait se rendre à Paris à moindre frais mais Anaïs était beaucoup moins sage ! Bout de Chou fit la connaissance d’une famille vietnamienne. Mint ti jouait de la guitare électrique, Mint sou l’accompagnait à la basse et la jolie Mint tam égayait tout ce petit groupe. Bout de Chou fréquentait Mint Sou et se mit à la basse aussi. Anaïs était sous le charme exotique de Mint ti mais ce dernier la voyait à peine. C’est bien connu : lorsqu’on n’obtient pas ce que l’on veut, on s’attache. Et voilà pas que Christian annonce son arrivée prochaine. Anaïs n’a plus du tout envie de le voir, elle a la tête aux antipodes. Sa mère la sermonne « ce garçon est très amoureux de toi, tu te dois au moins de le recevoir correctement ». Soit ! Elle lui réserva un bel accueil. Ils se promenèrent beaucoup à Paris et étaient heureux ensemble. Après tout, pourquoi s’acharner sur Mint ti qui n’en n’avait rien à faire ? Le jour de son départ, Christian était assis en face de sa dulcinée dans l’autobus qui le menait à la gare. Il pleuvait des cordes et la nuit tombait, les lumières de la ville inondaient l’autobus et Anaïs ainsi éclairée se révélait être une grâce aux yeux de Christian qui lui prit doucement la main et la demanda en mariage. Oh la la ! La peur envahit notre petite chérie qui déclina cette avance et s’en retourna chez elle, pas fière du tout. Ce coup-ci, ce n’est pas un sermon qu’elle se prit mais un savon. Sa maman était très en colère. Anaïs s’en est toujours voulu de ce manque de maturité, sa vie eut été toute autre. Cette année-là, elle ne se rendit pas à Saorra mais eut des nouvelles du frère de Christian qui le décrivait horriblement malheureux et la suppliait de revenir mais c’était peine perdue, silence radio. La saga vietnamienne s’essouffla bien vite.

    Bout de Chou et Anaïs s’offrirent quelques délires du style partir en auto-stop et bateau pour aller se faire bronzer un week-end sur les plages de Brighton. Oui oui ! On bronze en Angleterre. Elles aimaient faire la route le pouce en l’air et multiplièrent les escapades. La dernière en date fut d’assister au festival folk de Malataverne dans la Drôme alors qu’on passait Woodstock sur le PO GO. Elles emmagasinaient tous les meilleurs souvenirs à raconter plus tard au coin du feu.

    1970 : pourquoi Mamette tenait-elle si vivement à ce qu’Anaïs revienne passer l’été à Saorra ?

     

    à suivre...


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  • Extrait N°2 du récit "Un bien pour un mal", en cours d'écritureDevenue presqu’adolescente, Anaïs se rendait toute seule comme une grande, en train couchette dans les Pyrénées orientales, et pour cause ! L’enfance était trop belle… Nannot, son père instructeur pilote se crasha sous les yeux de sa propre mère déjà veuve, avec un élève par un soir de septembre 1965. Elle vit l’avion tomber en vrille puis les membres déchiquetés éparpillés sur le terrain : un bras par-ci, une jambe par-là. Quelle horreur pour cette femme ! La famille était assez aisée et fut une des premières à avoir le téléphone à la maison. On ne passait plus par une opératrice, la liaison était enfin directe. Il était noir ce téléphone au numéro BOSSUET 27 27 et sonna malheureusement pour annoncer la catastrophe. Elie avait rêvé de lapins écrasés un mois plus tôt. Anaïs et ses sœurs virent le corps reconstitué tant bien que mal sous un drap blanc. Seul un petit bout de front était visible avec ses cheveux frisés. Pour le reste on imaginait facilement les morceaux de chair remboîtés tel un puzzle où il manquerait des pièces. A côté de ce lit macabre, gisaient sur une table la casquette blanche, les lunettes de soleil et la fameuse pipe en bois sculpté que Nannot adorait. Ce fut le début d’une série de malheurs dans la famille, on aurait dit une malédiction. La grand-mère paternelle, choquée par l’accident de Nannot développa un cancer et décéda puis ce fut le tour d’une tante jeune et jolie et d’une autre tante et d’une autre tante encore. Chaque année, il y avait un mort, les décès pleuvaient comme vache qui pisse. Emma se retrouva veuve avec cinq filles mineures et sans allocation, ceci n’existait pas encore. Elle se battit entièrement seule contre des murs, à savoir que la succession était bien compliquée. Nannot était propriétaire d’une auto-école et son associé se révéla être un pur escroc. Il est toujours facile de s’attaquer à une femme seule mais elle se défendit comme un chef. Elle travaillait déjà beaucoup et mit les bouchées doubles, prenant d’énormes risques car désormais devenue femme d’affaires, elle était confrontée à un monde de requins mais il y avait cinq petites bouches à nourrir.

    Se rendre en train à Saorra, c’était neuf heures de voyage pour arriver jusqu’à Perpignan au petit matin. Puis il fallait prendre la Micheline rouge et or qui serpentait la montagne. Anaïs aimait beaucoup écouter le roulis du train, qui bien rythmé, l’incitait à jouer du tam-tam sur ses cuisses. Elle se plaisait aussi dans les interminables tunnels où elle imaginait des scènes de cinéma lorsque le noir était entrecoupé de légères lueurs. Silence ! On roule. Elle ne s’ennuyait pas, son cerveau était constamment en pleine ébullition. Fernand servait de taxi à Saorra. C’est donc avec lui que Mamette venait récupérer l’adolescente à Vernet. Ce moment était délicieux. Mamette faisait toujours un détour à la meilleure boulangerie pour acheter les fameuses oreillettes locales, jouxtant la galerie d’art avec ses merveilleux tableaux sur fond de velours. Le retour au village était une fête, le paysage était toujours aussi sublime et cette ambiance de vieilles pierres en arrivant, le pont surplombant la Rotja - très bas de parapet, il ne fallait pas se pencher au risque de se fracasser le museau sur les rochers à plusieurs dizaines de mètres plus bas - le lavoir et ses bavardages, les boulistes et puis Maurice le forgeron. C’était reparti pour deux mois de loisirs qui estompèrent un peu son chagrin. Elie la rejoignit un peu plus tard. Cette année-là, elle avait réussi à convaincre sa petite sœur de troquer les espadrilles contre les chaussures de marche. Point besoin de boussole, Elie joue les Sherlock Holmes, d’ailleurs Violette l’avait surnommée « Eliet Noss » en référence au fameux policier Eliot Ness qui marqua l’Amérique entière et notamment Chicago dans les années 1920. Elle a été scoute et son sens de la débrouille est toujours en éveil. Anaïs lui fait confiance et la suit les yeux fermés. Une bonne nuit de sommeil et les voici fraîches comme des gardons, prêtes à s’aventurer dans la montagne. Elles commencent par traverser le vieux pont puis longent la mairie, passent derrière la salle des fêtes où les maisons se font de plus en plus rares. Rien de tel qu’une petite grimpette vers les hauteurs pour s’aérer un peu. Elie sait qu’il y a par là, quelques vestiges miniers mais il faut marcher encore, s’enfoncer dans la forêt. Il n’y a pas de sentier, aucun repère non plus. Seules quelques pistes non encourageantes peuvent à la limite guider un peu. Tout est si calme ! Seuls les chants des oiseaux et le léger frissonnement des feuillages accompagnent nos joyeuses randonneuses. C’est la promenade à l’état pur, le silence qu’Elie chérit tant. Alors là, dans la montagne, elle jouit de ce calme olympien. Elle craint bien plus les êtres humains que les animaux qu’elle pourrait rencontrer au détour de hêtres ou de sapins. Elle entraîne Anaïs à travers ronces et fraises des bois, l’invite à admirer les jeux d’ombres et de lumières se dessinant sur la flore au gré des rayons du soleil. Toutes les deux gambadent comme des gazelles. Elles grimpent et grimpent encore comme pour atteindre les sommets. Elles se frayent un chemin comme elles le peuvent, se prenant pour Tarzan. Elles sont les héroïnes de leur après-midi et s’inventent des aventures. Elles se piquent à leur propre jeu sans même s’apercevoir que l’épaisse jungle s’assombrit de plus en plus. Bientôt la nuit les surprendra et les plongera dans les mystères du clair de lune. Elles décident de faire une petite pause sur un tronc d’arbre couché à terre. Elles sont repues d’oxygène et de sensations délicieuses. C’est là qu’Elie annonce qu’elle ne sait plus trop bien où elles se trouvent et qu’il va falloir penser à rentrer. Elles n’ont bien évidemment rien emporté : ni lampe, ni petits biscuits et le ciel devient vraiment menaçant. C’est très joli d’ailleurs ce bleu nuit où pointent quelques étoiles. Ah ! L’étoile du nord… les voici sauvées !! Elie change de cap et file droit suivre son astre préféré. Tel un berger conduisant son troupeau, elle pousse de petites exclamations et les voilà à nouveau entrées dans un autre jeu, nocturne cette fois ci. Plus elles avancent et plus elles ont le sentiment de tourner en rond. Anaïs commence à s’affoler un peu et voit toutes sortes de choses étranges aux alentours. Elle se rappelle de cette fresque que son père avait dessinée dans le long couloir de l’appartement, ces yeux brillants au milieu d’une forêt vierge. Elle avait tellement peur de traverser cette jungle pour arriver à la salle à manger ! Elle se revoit parcourant ces quelques mètres à la vitesse grand « V » et n’a plus qu’une envie maintenant : fuir, détaler à qui mieux-mieux. Elle est toute tremblante mais heureusement Elie la rassure. Ah ! L’importance de la grande sœur ! C’est vital...

    à suivre !


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  • Extrait N°1 du récit "Un bien pour un mal", en cours d'écritureA l’ombre de l’ormeau, Anaïs s’amuse à faire tourner les volants rouges et or de sa jolie robe. Ses vernis blancs sont presque des claquettes et résonnent sur la place au rythme du forgeron tapant sur son enclume. Sa grande sœur Elie est juste en face, dans l’atelier de Maurice où elle passe le plus clair de son temps. Elle aime discuter avec le vieil homme qui lui dévoile les secrets du bronze et du cuivre. Ce soir c’est la fête au village. Les petites lampes multicolores tintent déjà au gré du vent de Bosc, l’air est chaud, les boulistes aussi. Bientôt ils revêtiront leurs costumes pour danser la sardane. Les femmes ont déserté le lavoir et se pomponnent. Du haut de ses cinq ans, Anaïs aime déjà cette ambiance festive. Pour sûr, elle sera une bonne vivante, au grand dam de ses parents. Elie est plus sage et ne supporte pas le bruit. D’ailleurs elle déteste les feux d’artifice, cela invoque pour elle la guerre et les armes qu’elle n’a pas connues puisque trop jeune mais dans la famille, on en a parlé.

    Anaïs a tenu le coup jusqu’au bout du bal et a rejoint Morphée sans même sans apercevoir. Son petit lit douillet est le bienvenu. Au petit matin, la lueur du jour la réveillera doucement à travers les persiennes et elle s’empiffrera de ses six petits suisses quotidiens auxquels elle ajoutera du chocolat en poudre. C’est un délice pour elle jusqu’au jour où devenue adolescente, elle se paiera une bonne crise de foie et sera sevrée à jamais des joies lactées bien grasses. En attendant c’est dimanche. Elle ne portera plus sa robe à volants mais une tenue beaucoup plus stricte, imposée par la grand-mère Mamette. Pour aller à la messe, il faut bien ce petit sacrifice ! La messe, c’est rasoir mais la promenade est bien agréable. C’est Elie qui se régale, elle qui aime marcher. Le seul moment où Anaïs est contente à l’église, c’est quand elle suce l’hostie ou quand son père s’endort et ronfle. Ça, ça la fait rire. Puis ce sera le retour à la grande maison où la dame de compagnie concoctera un de ses repas catalans bien colorés et dont elle a le secret. Les repas étaient interminables pour les enfants. Ils n’avaient pas droit à la parole et ne devaient surtout pas se lever de table. On leur apprenait les bonnes manières : les couverts à poisson, à viande, à fromage, le couteau à droite sur un porte-couteau, la fourchette à gauche, les piques tournés vers le bas. Oh, comme il tardait à Anaïs d’aller jouer dans le jardin, près de la Rotja ! Comme elle attendait avec impatience d’aller chercher le lait à la ferme avec ses sœurs. Elles y allaient toutes en cœur, faisant tourner les pots de zinc au plus vite afin de ne pas perdre une goutte. La plus douée était sa sœur Violette, cadette d’une fratrie de cinq filles.

    Mais voici que les soirées se rafraichissent. C’est bientôt la fin des grandes vacances et il va falloir retourner là-haut, en région parisienne. C’est là que les parents ont trouvé du travail. Dur dur lorsqu’on est du sud mais on ne fait pas toujours ce que l’on veut. Comme chaque année, il faudra faire la rentrée scolaire. Anaïs déteste ça, elle est un peu sauvage et solitaire et puis, apprendre lui en incombe bien qu’elle ait de grandes facilités, une mémoire d’éléphant. Elle ne travaillait rien et était toujours bien notée au contraire d’Elie qui passait des heures à bûcher. Bûcher ? Oui, pour Anaïs c’était le bucher alors elle comblait cette corvée en inventant les pires bêtises, ce qui lui valut d’être virée de l’école et de se retrouver chez les bonnes sœurs mais c’était mal la connaître ! Elle fut vite rejetée par l’institution catholique et retourna en laïque où à sa plus grande joie, l’école était devenue mixte. Elle jouait désormais avec les garçons, c’était bien plus rigolo que les chamailleries entre filles.

    Les années passaient et c’est toujours avec beaucoup de bonheur qu’Anaïs se ressourçait à Saorra. Mamette faisait une cure à Vernet-les-Bains où elle avait inscrit les trois dernières afin d’assainir leurs voies nasales. C’était pipettes à gogo et ça sentait l’œuf pourri mais c’était bénéfique grâce aux eaux naturellement sulfureuses de la Cady et le cadre était magnifique. Rose, la sœur aînée avait sa bande de copains qui frimaient. Ils allaient à la piscine de Vernet en voiture tandis que les petites les rejoignaient à pied par la départementale. Elles arrivaient souvent après la bataille mais s’en étaient mis plein la vue au cours de la balade où elles flânaient : une fleur par-ci, une fleur par-là, un joli papillon faisaient leur bonheur. Un autre point de rendez-vous était la pierre plate sur la route de Py. C’est là qu’elles se faisaient dorer au soleil tandis que les garçons osaient des plongeons très audacieux. Anaïs aussi commençait à avoir sa bande de copains. Ils allaient faire du sport à la salle des fêtes et pêchaient la truite à mains nues dans la Rotja sous l’œil amusé de la couleuvre à tête jaune qui trônait sur sa branche. Elie partait seule faire de longues randonnées en montagne, Violette était plus casanière et squattait la terrasse. Elle n’aimait pas Mamette, Elie non plus d’ailleurs. Cette grand-mère était assez autoritaire et en vertu des grands principes avait imaginé marier Violette à un riche médecin niçois, sans consultation bien sûr. Il faut dire qu’elle était née en 1889 dans un monde où la bourgeoisie prend le dessus sur les sentiments. La petiote « Bout de chou » de son surnom suivait Anaïs. Elles étaient très liées toutes les deux. Bout de chou ne crachait pas non plus sur les bêtises à faire. Elle était assez casse-cou et piquait des colères imprévisibles. Un jour, étant en désaccord à cause d’une broutille, elle sauta à genoux sur la haute table de salon et rebondissait sur ses genoux à qui mieux-mieux. Toute la maisonnée était effrayée par tant de force déployée mais ses rotules n’ont même pas souffert ! Seul son sang n’avait fait qu’un tour. Plus petite, elle tomba de la chaise où elle rigolait tout debout, une petite cuillère à la main. L’objet s’enfonça dans son front et direction l’hôpital. Même pas peur ! Elle bravait tous les dangers en toute insouciance...

    à suivre !


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