• Mon rendez-vous

    L'abbaye Notre-Dame-La-Royale dite de Maubuisson est une ancienne abbaye cistercienne fondée en 1236 par Blanche de Castille. Elle est située sur la commune de Saint-Ouen-l'Aumône, dans le Val-d'Oise.

                                                                       http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_de_Maubuisson


    Image:Maubuisson3.jpg

    ....... Et voilà la surprise dont je vous parle en entête, à l'occasion du salon international de l'édition indépendante " L'autre livre", à Paris, qui se tiendra Du 7 au 9 décembre 2007.
    Hier soir, à partir de 18h30, nous étions 16 auteurs, tous membres de l'association "les mots migrateurs" et comme le dit si bien notre Président de l'association Philippe Raimbault........ 16 philographes !..... tous réunis sous les charmantes voutes de l'abbaye de Maubuisson, pour le lancement du N°1 de la collection "L'écriture en partage".
    Des invités de marque étaient présents........ les petits fours sont venus couronner cette première car cet ouvrage, paru aux éditions "Les mots migrateurs", est une première, et par la création de la maison d'édition, et par la réalisation de ce livre de nouvelles intitulé "De temps en temps...."Signet


    Voici le texte que j'ai pondu.............

    Je suis là et je la vois.

    Annie est née un mois de juin d’après guerre. Je l’ai connue toute petite. Annie est gaie mais c’est pour masquer l’autorité de sa maman. Annie joue, Annie rit. Elle profite de la vie.
    Je la revois, blonde comme les blés, scrutant de ses yeux clairs l’air du temps.
    Je la revois……. Mon Dieu ! Qu’elle a grandi !
    Insouciante à son adolescence, elle fréquente. Elle vit d’amour et d’eau fraîche, se fichant pas mal du temps qui passe.
    Je la revois, fuyant l’indifférence de sa maman et toujours en quête d’affection. Elle danse, elle chante. Les années défilent au fil de ses amants.
    Je la revois avec son gros ventre, attendant ad vitam aeternam que la gestation se fasse. Neuf mois durant, Annie est lasse. Elle compte les jours et les nuits, elle regarde les aiguilles de la pendule, pensant ainsi faire avancer les minutes. Annie a hâte.
    Un mari, un enfant puis deux….Annie court après le temps…..l’enfant, le travail, l’heure. Annie manque de temps.
    Je la revois se précipitant vers l’école, son cabas lui rappelant qu’il faut faire le repas : l’heure, l’enfant, le foyer !
    Annie n’a pas choisi la facilité. Dans son travail, absorbée, elle ne compte pas les heures supplémentaires. Elle dépasse ce temps qui la mine. Elle a pourtant bonne mine, pas une ride. Elle est en bonne santé et cependant je suis là et elle sait qu’elle ne doit pas oublier notre rendez-vous. Je l’attends patiemment, au compteur les secondes mènent une vie de sénateur. J’espère que nous pourrons rattraper tout ce retard.
    Je le sens bien qu’elle me fuit en ce moment.
    Lorsque nos chemins semblent se croiser, elle prend un air détourné, une tangente à la dérobée. Cela m’attriste, je deviens sombre….presque noire et c’est bien là le reflet qu’elle a de moi. J’ai un message tellement important à lui confier ! Quand la trouverai- je enfin ?
    Patatras ! Son couple se déchire. Annie va-t-elle venir se confier à moi ? Elle n’en n’est pas loin au vu de sa détresse. Cela lui ferait du bien ! Je l’aiderais à passer ce cap. Elle y gagnerait la paix, son visage serait reposé et je la protègerais. Je lui enseignerais comment bien vivre ces instants qui la freinent dans ses élans.
    Elle est seule désormais.
    Pensive derrière le carreau de sa cuisine, Annie regarde les années passées sans prendre garde aux passants. Une petite lueur s’éclaire à la tombée de la nuit, de temps à autre, quand il vient l’honorer jusqu’à l’aurore.
    Annie se réfugie dans son travail. Elle se lève, chaque matin, éternel refrain ! Elle attend son train bondé, compte les stations et les longs arrêts, se laisse bercer par le sifflet du chef de gare.
    Elle ne vit plus, elle survit. Si seulement elle pouvait me contacter ! Je sais qu’elle pense à moi.
    Tiens ! Mais qui est cet homme qui la raccompagne chez elle ce soir ? Encore un empêcheur de tourner en rond ! Il va me la prendre à nouveau et il me faudra patienter…….patienter !
    Jusque quand pourrais-je temporiser ?
    Il est là tous les jours ! Ah, non…..je ne peux pas laisser faire ça ! Ils sont heureux tous les deux. Annie m’oublie, je le sais.
    Elle est gaie à nouveau et se moque maintenant du tic tac lancinant. Son cœur bat la chamade auprès de son veuf aux cheveux blancs. Il sont usés par l’âge mais rajeunissent de jour en jour. Ils en font des choses ! Ils vont et viennent, voyagent et sont tellement sympathiques. J’ai presque envie de m’effacer, de m’éloigner, de laisser le temps au temps car il semble être leur allié et cette période m’incombe.
    C’est bien connu : patience et longueur de temps valent mieux que rage et tourments, alors je regarde les heures qui passent, témoins du temps qui reste*.
    C’est Noël, Annie est en famille, fêtant la nativité. Elle ne se sent pas très bien ce soir et pense qu’elle a certainement forcé sur la dinde aux marrons. Cela ne l’empêche pas d’ouvrir ses cadeaux. Annie écarquille ses yeux comme lorsqu’elle était petite fille ! Il parait que l’on retombe en enfance sur le tard.
    Annie va de mal en pis. Elle a le ventre tout dur, tout gonflé, elle a la nausée et va se coucher, se disant qu’une bonne nuit de sommeil la requinquera et puis demain c’est férié, elle aura tout le loisir de se reposer, de profiter un peu de ses enfants devenus grands, de faire un pied de nez aux heures qui la harcèlent sans trêve depuis si longtemps.
    « Allo ! Docteur ? Ma femme est au plus mal. Pouvez-vous venir d’urgence ? ». Joël est inquiet. Il tourne et tourne dans la maison. Ses cent pas marquent douloureusement l’attente. Le docteur tarde à venir et les secondes, c’est précieux dans ce cas-là ! Annie vomit tout son soûl…….mais que se passe t-il ? Elle, toujours en pleine forme !
    « J’ai chopé une saloperie ! » déclare Annie profitant d’une petite pause que lui offre son estomac. Annie repense à moi maintenant. C’est toujours dans la douleur qu’elle me fait un signe ! « Il faut la transférer d’urgence à l’hôpital, je crains qu’elle n’ait un problème de pancréas ». Joël a peur, Joël pressent que son bonheur n’est plus devant.
    Je me tiens prête en ce lendemain de réveillon…….il est l’heure après les douze coups de minuit……..je vais pouvoir bientôt lui révéler mon secret.
    Les médecins gardent Annie pour lui faire tout un tas d’examens. Elle devra probablement passer le nouvel an dans cette chambre froide aux murs blancs. Elle est sous perfusion. Le silence plane au dessus des draps aseptisés…….une drôle d’odeur semble errer comme dans un voile ! Annie refuse de passer l’avant réveillon dans cette chambrée. Elle en débat avec Joël « les examens sont faits et il faut patienter deux jours pour avoir les résultats. Autant rentrer à la maison ! ». Ils signent une décharge mais moi, je reste là. Je préfère préparer son retour.
    Notre couple si joyeux d’ordinaire, regrette déjà de ne pas être resté près de moi. Annie souffre un cauchemar. Elle se vide par le haut, par le bas…….elle ne peut plus se tourner dans son lit tant la masse de son estomac lui pèse. Elle s’imagine le pire et prie pour que ces interminables instants cessent.
    Ah ! Les voilà. Ils viennent aux nouvelles. Je trépigne d’impatience à l’idée que je vais enfin pouvoir cajoler ma protégée. Oui ! La protéger car le docteur n’est pas rassurant. « Le temps est maintenant compté, votre femme doit être hospitalisée à nouveau » « Docteur, soyez franc ! » « Votre femme n’est pas opérable. Elle a un cancer du pancréas et le compte à rebours a commencé » « Joël, sois gentil. Vas me chercher ma belle chemise de nuit. Tu sais ? La blanche en satin que j’ai cachée sous mon lit ». Joël, les yeux emplis de larmes qui s’épanchaient doucement sur ses joues, s’exécute, nous laissant seules toutes les deux.
    Annie, dans un souffle, murmure à mon oreille. Nous nous comprenons à présent. Annie me rejoint mais elle n’en a pas encore pleinement conscience. « Nous devons nous marier dans quelques jours. J’espère que je serais présentable ! ». Je ne réponds pas, je sais que la veille de cet heureux évènement, comme disent les humains, sera identique à la veille du nouvel an.
    Joël revient avec la nuisette encore dans son emballage, comme si elle avait été gardée là pour une belle occasion. Annie se fait jolie. Les jours passent et Annie demande à l’infirmière de la maquiller et de la remaquiller continuellement comme pour masquer la maladie.
    Voilà trois semaines que j’assiste à l’évolution de ce crabe qui ronge ma bien aimée. Demain, elle se mariera dans cette chambre froide. Joël a tout préparé : les alliances figeront leur amour pour l’éternité. L’amour sera plus fort que la mort.
    « Je veux juste te dire, Annie, que la mort n’est pas une fin en soi, c’est seulement une étape, un cap à passer. Tu vois ce long chemin devant toi et cette lumière là-bas qui t’éblouit……tu vas la refaire ta vie ! « Je la sens apaisée, happée par cette lueur qui l’emmène vers sa destinée future. Annie sourit et dans un râle, s’oublie……..Annie est partie suite à notre rendez-vous………
    Elle voit tout maintenant. Elle assiste à sa propre cérémonie en l’église de Colombes, juste au pied de sa maison. Ils sont venus nombreux, gage d’affection. Joël prend le micro après le long sermon douloureux du prêtre. Il a la gorge serrée mais de ses mots, nous faire revivre son Annie chérie. Il le sait, il la sent ! Annie est là, bien présente. Il a tout organisé pour que nous gardions le meilleur souvenir de sa bien aimée. Près du livre de doléances, les photos d’Annie nous sourient. Elle a l’œil brillant de santé que nous lui connaissons, elle semble vouloir nous parler. Nous attendons qu’elle prononce un petit mot de réconfort tant sa force nous envahit.
    Ta, ta ta ta ! Vous n’allez quand même pas tomber dans son piège ! N’oubliez pas : je suis là, moi qui ai si longtemps patienté. Ce ne sont que des photos, elle m’appartient désormais. « Tais toi, Annie ».
    Sur le parvis de la petite église, tout le monde ne parle que d’elle.
    Joël rentre chez lui après le cimetière. Je me frotte les mains ! Il va être bien seul et je pourrais même lui programmer un rendez vous à lui aussi ! hum……Mais pas trop vite ! Je n’ai pas envie qu’il la retrouve.
    Dans la salle de bain, le rouge à lèvre semble prêt à être utilisé. Dans chaque pièce, le doux parfum d’Annie lui prolonge la vie. Au porte manteau, son parapluie et son parka nous indiquent qu’elle n’est pas sortie. Joël saisit la poêle « je vais nous faire une bonne friture. Annie adore le poisson ». Oh oh oh ! Qu’est ce qu’il m’énerve celui là ! Elle est morte et bien morte alors qu’est ce qu’il a à lui parler, à la faire perdurer ? Ah ! non d’un chien ! L’amour sera donc toujours plus fort que moi ? Ca m’agace !!
    Les jours et les nuits et les semaines passent. Joël est toujours aussi amoureux d’Annie. Il en parle au bureau. Et dans leur maison, rien n’a changé de place : le rouge à lèvres, le parfum, le parapluie, le temps du bonheur et le parka.
                                                  
     
                            Arielle Alby
     
     

    De temps en temps.... sera bien évidemment au salon ce week end du 7 au 9 décembre. Vous pouvez également le commander en m'envoyant un e mail (voir "me contacter" sur le côté droit du blog)
    Prix de vente : 10 euro TTC

    « Le jacquouillomètre à zéro !Jean RENO »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 15 Novembre 2009 à 12:00
    Bonjour Oui une histoire de vie.... Qui est bien triste. Et qui nous rappelle ô combien nous devons être prêt. Chaque journée et est privilège que nous en devons pas gaspiller. Sincèrement Jean
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