• Mes douces soirées à Maisons-Alfort (3ème partie)

    Les chambres de V....., E...... et C....... étaient joliment décorés de scènes issues du dessin animé « Jumbo l’éléphant » de Wal Disney (œuvre de papa bien évidemment). V.... était très personnelle et avide de trouver des souffre douleur. Le pigeon dans l’histoire s’appelait E...... Papa leur avait construit un immense bureau de la longueur du mur sous la fenêtre. V..... avait démarqué son territoire par une bande de scotch jaune et gare à celui qui dépasserait seulement d’un petit doigt !..elle frappait. Idem pour les tiroirs sur lesquels elle collait un cheveu de haut en bas et vérifiait régulièrement qu’il ne fut pas sectionné : signe que l’on avait ou non, fouillé dans ses affaires. Elle était très sportive et se prédestinait à une carrière d’athlète, mais la vie en a décidé autrement. Son passe temps favori était de nous pincer. Nous fuyions ses jeux tant ils étaient douloureux mais elle parvenait toujours à en choper une…au hasard : E.... !

    E..... a toujours eu besoin de beaucoup de calme. Cette vie perturbée que nous menions à la maison était pour elle une menace, une excentricité qui lui éprouvait le système nerveux. Elle ne supportait pas le tic tac d’un réveil et assurément manquait de « tac tic » (tactique) pour pouvoir assumer. La moindre mouche lui tapait sur les nerfs….très dure à vivre, E..... ! Elle s’est toujours posée en victime et reste prisonnière d’un passé que nous avons toutes oublié. A chacun sa manière de traduire ses malaises : non seulement elle ressasse mais elle en rajoute, s’invente des histoires afin de pouvoir nous reprocher je ne sais quel mal être qui trotte dans sa tête. Elle est grâve, E..... !

    C..... se voulait « Chef ». Elle a toujours été très désagréable, voire méchante, principalement avec ses sœurs. Elle est notre aînée. A chacune de nos naissances, elle nous rejetait avec mépris. Désolée C..... : tu n’es pas fille unique et tu dois l’accepter. pour ma part, tu m’as fortement blessée, à plusieurs reprises. Toute l’affection que j’ai pu te porter n’a jamais refermé ces entailles. Je te plains d’être si haïssante. Je me souviens d’une baffe que papa t’avait affligée lors de tes seize ans. Jamais au grand jamais nos parents ne portaient la main sur nous : ce fut une première. Si tu savais, C....., que cette claque magistrale avait empli nos cœurs de joie ! Tu nous détruisais trop pour que nous puissions éprouver de la compassion.

    La chambre de nos parents était isolée près de l’entrée, juste avant la forêt vierge. Papa y avait stocké ses collections d’instruments de musique à cordes, de pipes et ses peintures à l’huile, au couteau ainsi que ses dessins au fusain ou à l’encre de chine. Là, se trouvait aussi le téléphone noir à cadran dont le numéro commençait par « Bossuet…. ». A cette époque, les télécommunications en France faisaient leurs premiers pas chez les particuliers. Nous avions attendu le branchement de la ligne pendant de longs mois. Ce téléphone noir nous annonça une nouvelle noire, très noire le vingt cinq septembre mille neuf cent soixante six à dix huit heures. Papa, en compagnie d’un élève (il était moniteur instructeur sur petits aéroplanes) et d’une collègue qui paraît il était sa maîtresse, venait de décéder d’un accident d’avion sur l’aéroport de Pithiviers où il passait ses dimanches. Accident mortel sous les yeux de sa mère. L’élève aurait fait une faute à moteur réduit alors que papa, avant de le « lâcher » lui aurait fait faire un dernier tour de piste. Moteur réduit..peu d’altitude, pas assez de place ni de gaz pour redresser. L’avion partit en vrille et piqua du nez. Il ne resta ce jour là que des membres éparpillés  de part et d’autre du terrain d’aviation : un bras par ci, une jambe par là. Je n’oublierai jamais la dernière image de papa. J’avais à peine treize ans et on m’emmena à l’hôpital constater le corps reconstitué tant bien que mal. Seul un bout de front avec ses cheveux frisés permettait de l’identifier, sous un grand drap blanc auprès duquel étaient rassemblées ses lunettes noires et sa casquette blanche. Je hais les draps blancs. A ce jour, le terrain de Pithiviers a été rebaptisé « Jean ALBY » en mémoire de cet homme merveilleux que l’on surnommait « Nano ».

    Les mauvaises langues se sont empressées d’afficher que papa promenait sa maîtresse. ET ALORS ? ? ! Il a bien fait d’en profiter, la vie est si courte et il nous l’a prouvé. J’espère qu’il a été heureux avec elle. Qu’importent ces histoires à ragots ! maman était triste, veuve avec cinq enfants. La maîtresse aussi laissait cinq enfants. La médisance est une futilité de basse catégorie qui malheureusement fait jouir la populace.

    Grand mère ne s’en est pas remise et a déclaré un cancer qui l’emporta deux ans plus tard.

    L’accident de papa fut le déclic d’une longue série de catastrophes dans la famille ALBY, que l’on pourrait qualifier de mauvais sort ou de fatalité, au choix. Pour ma part, j’opterais plus pour la malédiction. C’est comme si, à cet instant précis où papa perdait la vie, la nôtre était vouée à l’échec. Une hécatombe de décès eu lieu entre mille neuf cent soixante six et mille neuf cent soixante douze (décès de maman). Les tantes, les grand mères..chacune à son tour et à intervalles réguliers..passaient l’arme à gauche. Des cancers, une hernie : il paraît que la maladie est l’œuvre de Satan..je demande beaucoup de réflexion, beaucoup de précautions pour aborder ce sujet. Il n’y a pas de mal ni de bien, seulement de l’ignorance.

    ...........16ème épisode..........à suivre........dans la série Biographie.......................

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  • Commentaires

    1
    Marie-Laure
    Mercredi 27 Décembre 2006 à 12:00
    Coucou Arielle, Je lis avec plaisir ton histoire mais ce passage là est particulièrement douloureux ! Ton caractère espiègle et entier t'aura aidée à prendre le recul nécessaire pour continuer à avancer...
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