• La M.J.L

    Revenons non pas à nos moutons, mais à nos marchés.

    L’hiver s’installait à grands pas et il devenait difficile de tenir la matinée entière à faire du surplace. Equipée de deux paires de chaussettes, 2 pantalons, 2 voire 3 pulls, un bonnet et des gants, on ne me voyait quasiment plus ! Les marchés, même couverts sont généralement en plein courants d’air et s’offrent généreusement aux intempéries. Rares sont les marchés équipés de portes. Je n’avais pas à me plaindre, cela faisait partie du métier et nous étions tous dans le même cas. Les plus anciens avaient l’habitude et emportaient leur chauffage sur l’étal…..vous savez ? ces vieux bidons où on fait cuire les marrons. C’est très typique et amusant………un temps ! car il faut pratiquement être collé au bidon pour se réchauffer et avec l’épaisseur des vêtements, on ne s’aperçoit même pas lorsqu’on crâme.

    Le pire fut le marché du Bourget dans le 93, sous la neige et en plein vent. Beaucoup d’énergie brûlée pour à peine une poignée de badauds car il faisait trop froid. En fin de matinée, j’étais à deux doigts de tourner de l’œil. J’étais transie. Ma voisine s’en est heureusement aperçue et est venue à mon secours. Elle m’a bichonnée, frotté énergiquement le dos et les membres et m’a aidée à remballer. De retour à la maison, j’explique à JL que nous devons trouver une autre solution pour l’hiver. Certaines personnes supportent bien le gel, mais pas moi !

    Après mure réflexion, nous avons décidé de transformer notre étal en petits sacs que nous irions vendre au porte à porte. Il n’était pas question de stopper l’activité, ne serait ce qu’un temps……. C’est ça, être commerçant !

    C’est timidement que j’ai commencé à frapper à une porte. Il avait fallu trouver un sloggan car vendre à domicile demande beaucoup d’arguments. De plus, lorsqu’on est une jeune femme avec pas mal d’avantages……si vous voyez ce que je veux dire………..il y a plutôt intérêt à se préserver avec du bagou.

    Bagou, bagou ! vous avez dit bagou ? JL avait eu une idée géniale. Nous allions nous présenter au nom de la M.J.L. N’entendez pas par là la Maison des Jeunes et des Loisirs, mais plutôt les initiales de JL, M étant son nom. Les gens confondaient aisément avec la MJC et nous ouvraient toutes grandes leurs portes. Les petits sacs étaient bien pensés : nous vendions des bijoux, des poulbots et des pistolets d’alarme. Quelle est la ménagère qui ne craque pas lorsqu’on lui apporte des bijoux à domicile ? Quelle est la femme seule ou agée qui refuserait un pistolet d’alarme ? Quant aux poulbots, c’était pour la déco.

    C’était quand même dangereux de faire ce boulot seule. Il m’est arrivé quelques fois de tomber sur des tarés qui me faisaient entrer et verrouillaient la porte derrière moi. J’ai eu une seule frayeur dans ma carrière de vendeuse au porte à porte et c’était en province. Une seule mais balaise ! Lorsque je me suis présentée, un homme m’a ouvert, en tenue d’Adam, sous un peignoire rouge largement béant. Tout était rouge chez ce type, des meubles aux rideaux en passant par la moquette et ses tenues. C’était au 4è étage d’une petite résidence et visiblement, il y avait du pognon. Le type a tenté d’abuser, j’ai tenté de me sauver………pas moyen ! porte verrouillée. Le téléphone portable n’existait pas à l’époque. Il faisait nuit à cause de l’hiver. Par bonheur, JL revenant me chercher là où il m’avait laissée, commençait à s’impatienter et perçu que j’avais un problème. Il frappa à toutes les portes et me quémanda…….en vain. Une seule ne s’ouvrit pas. JL comprit que j’étais là. Il ne se démonta pas et se fit passer pour la police. Notre Adam ferma son peignoire et ouvrit la porte. J’ai illico prit la tangente et il ne m’a jamais revue.

    Ce n’est qu’un petit alea, juste pour l’histoire. Cette façon de vendre fonctionnait bien et nous avons dû agrandir l’équipe.

    ..........84ème épisode..........à suivre........dans la série Biographie.......................   

    « Heilige nachtl Point noir sur la feuille »

  • Commentaires

    1
    Mardi 20 Mars 2007 à 12:00
    Mazette ! le baron rouge chez lui. Mais n'as-tu pas pensé utiliser le pistolet d'alarme qu'il y avait dans ton paquet ?Incroyable le nombre de tarés dans une société.
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