• Extrait N°3 du récit "Un bien pour un mal", en cours d'écriture

    Extrait N°3 du récit "Un bien pour un mal", en cours d'écritureDans la lueur de la lune et sous la pluie désormais, Elie entre-aperçoit un petit muret blanc. Ce sont certainement les vestiges d’anciennes canalisations, ça doit mener à un village. Elles décident de suivre ce genre de caniveau en béton et marchent encore des heures durant quand enfin se dessine dans la pénombre ce qu’elles pensent reconnaître être une église. Euréka !  Finis les tracas mais quel est donc ce petit bourg qu’elles ne connaissent pas ? Il n’y a pas un chat dehors, pas âme qui vive et il faut absolument rejoindre Saorra. Elie, qui n’a pas froid aux yeux, frappe à la porte d’une maison éclairée. Un homme apparaît sur le perron et écoute avec stupeur l’incroyable histoire de ces deux jeunes parisiennes. Vous pensez donc ! Isolés en pleine montagne, on n’en croise pas tous les soirs des adolescentes en perdition. L’homme, très gentiment propose de les raccompagner avec sa voiture. Elles n’avaient parcouru que quatre kilomètres et avaient atterri à Thorrent mais par quelles voies endiablées ! Totalement insouciantes, elles ne s’inquiètent pas une seconde de ce qui pourrait leur arriver encore sur le trajet. Elles sont tranquilles et même fières de leur exploit. Lorsqu’elles arrivent sur la place de Saorra, tout le village est là, rassemblé et prêt à entreprendre une battue. L’émoi résonne comme en écho et puis Mamette est en pleurs. Nos petits chérubins n’avaient pas pensé un instant qu’on s’inquièterait pour eux. Les gendarmes font leur rapport, Saorra ce soir, ne dort pas. On en a des choses à raconter et chacun y va de sa verve. Le ton monte et même aussi on extrapole. L’orage se fait sentir. Elie et Anaïs se font toutes petites et partent se coucher sans mot dire et sans maudire. Elles n’ont pas été grondées mais elles ont pris conscience qu’on ne part pas à l’aventure sans prévenir, ni sans matériel. Elles ont compris également tout l’amour qu’une grand-mère peut donner et le mal qu’elles venaient de faire. C’est en toute connivence et comme deux cochons en foire qu’elles garderont ce secret au fond de leurs entrailles.

    A chaque grande vacance, ses joies et ses folies : Elie et Violette goûtaient désormais aux plaisirs des « Motobécanes bleues » sur lesquelles elles s’exerçaient en région parisienne. Elles entreprirent un périple « Paris/Perpignan » et traversèrent ainsi la France par monts et par vaux, à califourchon sur leurs pétrolettes. Anaïs se retrouva donc seule avec Mamette à Saorra, pour la première fois tandis que Bout de Chou profitait de colonies de vacances huppées. Anaïs détestait les colonies de vacances et la vie en société en général Le matin, elle prenait des cours de piano chez une voisine qui logeait près de l’ormeau et parfois son oncle Joseph la menait en jeep au Pica del Canigó, la montagne sacrée des catalans. C’était son métier : il promenait les touristes avec sa super jeep couleur sable, les emmenait visiter le monestir de Sant Martí del Canigó d’où on peut admirer la plaine du Roussillon, puis les invitait à se désaltérer près du belvédère. Anaïs ne se lassait pas de ce pèlerinage aux senteurs et aux couleurs ensorcelantes. Elle occupait le reste de son temps à jouer au babyfoot avec sa bande de copains. Ils se rendaient à pieds à Fullà, longeant l’austère cimetière où ils aimaient se faire peur. Ce n’était plus sport et pêche à la truite mais plutôt jeux de mains, jeux de vilains. Ils grandissaient les mômes ! Quant à la salle des fêtes de Saorra, ils l’avaient transformée en dancing, écoutant du rock’n’roll des heures entières et flirtant sur quelques mélodies bien chaudes. C’est là que Christian s’éprit d’Anaïs… belles, très belles ces vacances puis rebelote, rentrée scolaire et tout son tintouin. La séparation fut assez douloureuse, il n’y avait pas de téléphone portable ni de SMS. Ce furent des lettres et des lettres à la façon Georges Sand, des mots doux à distance.

    Rose, Violette et Elie réussirent leur baccalauréat avec brio. Rose se fit dorloter par sa mère qui lui loua un superbe appartement spacieux à Saint-Maur-des-Fossés. Elle qui avait toujours rêvé d’être fille unique, était comblée loin de ses frangines. Elle prit des cours de patinage artistique et se la pétait bien ! Violette partit faire des études de linguistique en Allemagne, à Kiel plus précisément et y rencontra un mexicain avec lequel elle partit se marier à Mexico. Elie s’orienta nature et sciences et prit une chambre d’étudiant à Rouen. Anaïs et Bout de Chou avaient quartier libre pour profiter de leur jeunesse. Leurs chambres étaient côte à côte avec vue sur le parc Montsouris et leurs goûts fusionnaient. Christian n’en pouvait plus d’être si loin d’Anaïs et s’engagea dans l’armée. Ainsi il avait un solde et pouvait se rendre à Paris à moindre frais mais Anaïs était beaucoup moins sage ! Bout de Chou fit la connaissance d’une famille vietnamienne. Mint ti jouait de la guitare électrique, Mint sou l’accompagnait à la basse et la jolie Mint tam égayait tout ce petit groupe. Bout de Chou fréquentait Mint Sou et se mit à la basse aussi. Anaïs était sous le charme exotique de Mint ti mais ce dernier la voyait à peine. C’est bien connu : lorsqu’on n’obtient pas ce que l’on veut, on s’attache. Et voilà pas que Christian annonce son arrivée prochaine. Anaïs n’a plus du tout envie de le voir, elle a la tête aux antipodes. Sa mère la sermonne « ce garçon est très amoureux de toi, tu te dois au moins de le recevoir correctement ». Soit ! Elle lui réserva un bel accueil. Ils se promenèrent beaucoup à Paris et étaient heureux ensemble. Après tout, pourquoi s’acharner sur Mint ti qui n’en n’avait rien à faire ? Le jour de son départ, Christian était assis en face de sa dulcinée dans l’autobus qui le menait à la gare. Il pleuvait des cordes et la nuit tombait, les lumières de la ville inondaient l’autobus et Anaïs ainsi éclairée se révélait être une grâce aux yeux de Christian qui lui prit doucement la main et la demanda en mariage. Oh la la ! La peur envahit notre petite chérie qui déclina cette avance et s’en retourna chez elle, pas fière du tout. Ce coup-ci, ce n’est pas un sermon qu’elle se prit mais un savon. Sa maman était très en colère. Anaïs s’en est toujours voulu de ce manque de maturité, sa vie eut été toute autre. Cette année-là, elle ne se rendit pas à Saorra mais eut des nouvelles du frère de Christian qui le décrivait horriblement malheureux et la suppliait de revenir mais c’était peine perdue, silence radio. La saga vietnamienne s’essouffla bien vite.

    Bout de Chou et Anaïs s’offrirent quelques délires du style partir en auto-stop et bateau pour aller se faire bronzer un week-end sur les plages de Brighton. Oui oui ! On bronze en Angleterre. Elles aimaient faire la route le pouce en l’air et multiplièrent les escapades. La dernière en date fut d’assister au festival folk de Malataverne dans la Drôme alors qu’on passait Woodstock sur le PO GO. Elles emmagasinaient tous les meilleurs souvenirs à raconter plus tard au coin du feu.

    1970 : pourquoi Mamette tenait-elle si vivement à ce qu’Anaïs revienne passer l’été à Saorra ?

     

    à suivre...

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 28 Décembre 2017 à 19:20
    La jeunesse,L'amour, les beaux paysages... Nous voilà partis sur de magnifiques chemins.
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