• Adeline et son petit paradis

    Peinture de GERALBY, ma nièce

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    Adeline ne supporte plus son HLM où elle blêmit de jour en jours.

    Elle a bien d’autres ambitions et s’est promis de vivre dans un petit paradis.

    Lequel ? Où, comment, seule ou accompagnée… Dieu seul le sait.

    Une chose est certaine, elle recherche la campagne, un havre de paix où elle sera loin des supercheries du système. Quel bonheur d’avoir le soleil, les petits oiseaux et la qualité de vie en prime ! Seulement voilà : elle travaille et ne peux pas s’éloigner de la région parisienne mais elle ne baisse pas les bras pour autant et retourne dans sa tête toutes les solutions envisageables. Après tout, une location dans une petite maison rurale serait déjà mieux malgré les kilomètres à faire pour se rendre au travail et en regardant bien, ce n’est pas plus onéreux qu’un appartement au dixième étage en loyer modéré, soi-disant. Elle part faire quelques emplettes. D’ordinaire, elle ne s’arrête jamais devant le panneau des petites annonces et là ! Allez savoir pourquoi ? Elle a été attirée par une toute petite fiche « F3 dans maison rurale – particulier à particulier – location peu chère ». …….. « Peu chère » ! Peuchère se dit-elle ! C’est pour moi, ça.  Elle appelle illico presto et sitôt dit, sitôt fait, elle obtient un rendez-vous pour le lendemain midi : un dimanche. Elle arrive avec sa fille Irène et le lieu rustique les  charme. Au feu rouge à droite, après avoir remonté la petite rue dite « rue grande », le clocher du XVème siècle s’offre aux passants, laissant paraître un pigeonnier peu singulier. C’est une vieille bourgade, encore grandement pavée. Même la poste ne dépareille pas. Serpentant entre les butoirs à piétons, il faut remonter encore une petite rue «  la rue Madame. Face au 22, le mur du parc croule sous ses pierres usées par le temps. Nous y sommes.

    Adeline actionne la vieille cloche rouillée. Un couple et leurs enfants apparaissent sur le perron. C’est le bazar chez eux ! Du poisson rouge aux chats, en passant par les oiseaux et certainement les acariens, on a le sentiment d’être dans une roulotte de nomades. Il y a comme une ambiance ! Irène a de suite un coup de cœur pour cette maison. Adeline n’est pas autant emballée  mais si sa fille dit que c’est bien, alors elle l’écoute. En fait, Irène voit beaucoup plus loin. Elle sait déjà comment elle décorera ce rez-de-chaussée. C’est une maison sur deux étages. Il y a un locataire en bas et un en haut. Chacun a son entrée indépendante. Les vitres de la salle de séjour sont à à peine quatre-vingt centimètres du sol. Les plafonds sont hauts. En fait, la location passe par une agence mais une ristourne sur les frais est possible en s’arrangeant directement avec le locataire sortant. Il y a un petit bout de jardin. Quel délice d'avoir son coin de verdure, de pouvoir y faire griller des côtelettes. Adeline aime les plaisirs simples. Elle envisage déjà de fabriquer elle-même un barbecue en ciment fondu.  Ce sera une première pour elle : une nouvelle expérience de bricolage dont elle pourra se montrer fière. Elle espère ainsi que ses amis seront quelque peu épatés car elle le construira avec amour et  souhaite beaucoup  y trouver des moments de joie. Allez ! Donnez-moi la main que je vous fasse visiter ce petit paradis Val-d'Oisien.

    22 rue Madame : ça en jette cette adresse ! Madame avec une majuscule, s’il vous plaît… Adeline et sa fille méritent bien ce titre ! Regardons d’abord s’il y a du courrier dans cette mignonette boîte qu’Irène a peinte en bleu, avec tant d’ardeur. Rien : tant mieux, c’était juste pour le plaisir d’apprécier son élégance. Elle se cramponne au mur, surveillant de près le vieux portail, bleu lui aussi et qui débouche sur une minuscule cour. Pauvre petit portail plein de bleus ! Il est farci de rhumatismes, il commence à se rouiller tout comme Adeline qui atteint bientôt la cinquantaine! La clef est d’époque, suffisamment lourde pour trouer les poches mais tellement chargée de passé que nous ne pouvons pas lui en vouloir. Et puis, elle est si joliment ciselée ! Les rosiers sur le côté droit de cette cour qui s’étire en longueur tel un chat se délassant, font des clins d‘œil au pot de fleurs perché au faîte du pilier de briques, qui droit comme un gendarme, joue les sentinelles. Pour sûr, Adeline et Irène vont être bien protégées ! Le pot est aussi ancien que la clef du portail et toujours en alerte : à la moindre vibration, l’intrus qui ose un orteil n’a aucune chance d’échapper au coup d’assommoir ! Les volets sont bleus, les potences qui soutiennent la petite véranda sont bleues. Cette maison a plusieurs identités. Ses murs blancs où claquent les persiennes sont une invitation au bord de mer. On pourrait presque entendre les mouettes rire dans le ciel… bleu.

    Entrez, je vous prie.

    Suspendez vos manteaux au perroquet qui vous tend les bras entre lambris verts et carreaux cathédrale. Gardez vos chaussures, le carrelage est un peu froid. Il a une odeur, ce carrelage, il sent bon comme dans la maison de Mamette, la grand-mère d’Adeline et qui habitait à Nice de l’automne au printemps. Il ne manque plus que le mimosa. Cette maison est une incitation au voyage. Nous sommes en hiver et le soleil bas caresse la table craquelée, tant il pénètre dans la pièce ! Les rebords de fenêtre sont à hauteur de popotins, de vrais petits canapés où il fait bon se réchauffer le dos à travers les carreaux. Les pêcheurs sur le rideau attendent leurs proies. Sur la droite, la cuisine nous rappelle bien que la femme est de corvée ! La peinture s’écaille. Irène envisage de la masquer partiellement en accrochant quelques meubles. La chaudière est au gaz, le compteur est dans la rue, à hauteur d’un chien couché.

    Vous me suivez toujours ?

    Montons ces trois marches couleur coquille d’œuf. Vous n’avez rien à craindre : elles sont spacieuses.  Nous voici dans le salon où Napoléon aurait certainement aimé faire des conquêtes. La cheminée reste de marbre bien qu’elle s’offre en une large ouverture… quelle espiègle ! Elle est ornée de quelques roseaux. Les plafonds sont bordés d’un liseré imitant la vieille époque. Il va falloir qu’Adeline et Irène chinent sur les brocantes pour trouver  un lustre en cristal. Cette pièce est chaude, hum ! Montons encore deux marches coquille d’œuf.  Ce rez-de-chaussée est à plusieurs paliers. Niveau un : salle à manger, cuisine. Niveau deux : l’empire des sens. Niveau trois : la grande chambre. Nous sommes dans un chalet de montagne : les lambris sentent la fondue savoyarde. Il y a beaucoup d’espace. La petite chambre, tout au bout de la maison, sera celle d’Irène. Elle donne sur le fond de la cour, là où Adeline construira son fameux barbecue, bleu, ça va de soi. Irène en fera un lieu moderne, avec des affiches de Marylin Monroe buvant du coca cola. Elle pourra aussi mettre en vitrine sa collection de dragons. Elle l’aime déjà sa chambre.  Au bout du bout du rez-de-chaussée, il ne faut pas espérer trouver d’autres petits paradis mais retournez-vous d’un quart. Ne serait-ce pas là le début d’un escalier central qui aurait mené jadis à l’étage ? Et cette planque sous l’escalier, ne nous mène-t-elle pas à la cave ? Il va falloir approfondir ces mystères.  Poussons la porte qui bloque cet escalier virtuel. Oh ! Encore trois petites marches et Oh ! Une grande et belle salle de bain, bleue. Un miroir ovale renvoie les faciès, juste sous la lucarne car il n’y a pas que le rez-de-chaussée qui est sur plusieurs niveaux. La salle de bains est sous la rue perpendiculaire à la rue Madame et c’est un jeu que d’apercevoir les mollets plus ou moins bien galbés, des passants qui passent.  Le restant de l’escalier d’antan est recouvert par des lambris et ressemble à une ébauche de sauna. La porte de la douche nous mène droit au septième ciel… toute rose !  Voilà ! Refaisons le chemin en arrière : soixante mètres carrés tout en longueur. Il y a de quoi musarder, profiter de cette architecture pas trop mal sauvegardée.  A l’étage, les locataires sont là depuis huit ans alors que tous ceux du rez-de-chaussée ne restent qu’une, voire deux années tout au plus, d’après les cancans du quartier.  Bizarre, bizarre… Je vous ai dit bizarre.

    Adeline et sa fille ne fréquentent que très rarement l’entourage. Seul le petit macho du dessus passe son long pif par la fenêtre du rez-de-chaussée et tente de se faire offrir une bibine. Les contacts semblent corrects, sans plus. Adeline, de même qu’Irène, n’éprouve aucun besoin d’être chaleureuse avec lui, ni avec sa femme d’ailleurs. Cette belle blonde affiche une certaine admiration pour nos deux jolies jeunes femmes qui se débrouillent seules. Elle n’a jamais osé mettre un pied dehors sans son mari bidon. Elle les voit bouger sans cesse, sortir seules le soir pour se rendre à la fête de la musique par exemple. Son bidonnant d’époux joue les fiers à bras mais est lui aussi, époustouflé par la débrouillardise de ces nouvelles arrivantes. 

    C’est la toussaint et Adeline s’absente quelques jours pour passer les vacances avec son fils et sa petite fille en Isère, laissant Irène prendre soin de la maison. Celle-ci avait prévenu sa mère et les voisins qu’elle ferait une petite réception un soir de la semaine, histoire de pendre la crémaillère avec ses copains. Elle avait donc l’esprit tranquille quand, en fin de soirée, elle vit débarquer la police. Le petit véreux du dessus s’était plaint du soi-disant tapage nocturne. Les agents n’ont pu que constater qu’il se déroulait là une petite fête très gentillette et que le son ne méritait pas que le cabot du dessus aboie. Cet idiot n’avait même pas pris la peine de venir frapper à la porte pour demander à Irène de chuchoter plutôt que de s’amuser.  Le lendemain, Irène téléphone à sa mère pour l’informer du désagrément et aussi parce qu’elle n’a plus de gaz. C’est très étonnant car il n’y a aucune raison à cela. Adeline contacte donc l’autre voisin situé un peu plus en contrebas et plombier à son compte, pour qu’il aille voir ce qui se passe. « Ma chère Adeline, un petit malin s’est amusé à couper ton compteur dans la rue ». Ah et bien oui ! Il eut fallu y penser ! Le toujours aussi futé que ses pieds du dessus s’était vengé d’avoir été sermonné par la flicaille. « Oh ! L’empapaouté ! ». En fait, lui : le roi de la moto cross dans les chemins boueux traversant le petit bois en haut de la rue, n’avait pas digéré non plus les belles motos des amis d’Irène, garées juste sous sa fenêtre et  il était facile de s’attaquer à une jeune fille sans défenses.  Petit, petit, tout petit l’homo sapiens, ridicule !  Inutile de vous dire qu’à son retour,  Adeline n’avait qu’une envie : celle de lui coincer son pif entre deux battants lorsqu’il oserait à nouveau le passer par sa fenêtre. Les relations ont commencé à se dégrader fortement et comme sa femme avait, elle aussi le cerveau lent et la médisance aisée, elle en rajoutait couches sur couches et initiait ses enfants à  regarder Adeline et sa fille en chien de faïence.

    Par tous les diables, le paradis devenait un enfer !

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 31 Mai 2013 à 12:00
    Une histoire qui se lit avec plaisir même si du paradis on passe parfois en enfer!
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